La politique culturelle nigérienne n’est pas née d’hier. Dès la Première République, sous le Président Hamani Diori, la culture bénéficiait d’une attention particulière, pensée comme un socle d’identité, de cohésion et de rayonnement. Le CMS du Président Seyni Kountché a poursuivi dans cette dynamique en renforçant les initiatives de valorisation de nos us, coutumes et traditions, longtemps méconnus du grand public, à travers la création d’activités et de cadres institutionnels dédiés.
Des textes structurants ont été élaborés pour encadrer cette politique culturelle ambitieuse. Mais aujourd’hui, force est de constater que nombre de ces textes sont désuets, abandonnés dans les tiroirs de l’administration, déconnectés des réalités actuelles et inappliqués.
Avec l’avènement de l’ère dite démocratique, la culture et les arts ont progressivement glissé vers la marginalisation. Réduits à une simple animation folklorique, parfois raillée sous des expressions ironiques telles que « kadé kadé » ou « waké waké », ils ont été exclus des priorités politiques majeures. Le fait que le ministère en charge de la Culture ait systématiquement figuré parmi les portefeuilles les moins dotés et les moins considérés en est une illustration éloquente.
Certes, la création de structures rattachées destinées à encadrer des secteurs clés des arts (cinéma, littérature, musique, arts vivants) constitue une avancée à saluer. Mais dans la pratique, ces institutions peinent à remplir leurs missions. La raison est connue : absence d’une politique claire de fonctionnement, faiblesse chronique des subventions, insuffisance de ressources humaines qualifiées, et parfois des textes réglementaires taillés sur mesure, conçus plus pour servir des intérêts administratifs que l’intérêt général. Pire encore, certaines mises à disposition de cadres, au lieu d’apporter expertise et vision, contribuent à alourdir et fragiliser davantage ces institutions.
Aujourd’hui cependant, une fenêtre d’opportunité semble s’ouvrir. La nomination d’un jeune ministre à la tête du département de la Jeunesse, des Sports et de la Culture suscite espoir et attentes. Son écoute, son dynamisme et son exposition aux dynamiques panafricaines laissent entrevoir la possibilité d’un changement réel dans la gouvernance culturelle. Cette tribune se veut donc aussi un appel : l’heure est venue de rompre avec les pratiques du passé.
Le Niger fait désormais partie de la Confédération des États du Sahel. Or, nul n’ignore que les deux autres pays de l’Alliance, le Burkina Faso et le Mali, ont fait de la culture et des arts un pilier stratégique de leur souveraineté, de leur mobilisation nationale et de leur diplomatie d’influence. Pendant ce temps, le Niger avance à pas lents, malgré un potentiel humain et culturel immense.
C’est ici que se joue l’empreinte historique du ministre Sidi MOHAMED ALMAHMOUD : relever le défi de mettre le Niger au même niveau d’ambition culturelle que ses partenaires sahéliens. Le Niger regorge de talents, de créateurs, de récits, de formes artistiques puissantes capables de contribuer à la cohésion sociale, au changement de mentalités et à la Réfondation tant prônée.
Dans les domaines des arts et de la création : cinéma, littérature, slam…. la créativité est bel et bien présente. Ce qui manque, ce n’est ni le génie ni l’inspiration, mais une volonté politique affirmée, traduite par des choix budgétaires courageux, des réformes institutionnelles cohérentes et une vision claire.
La culture ne doit plus être un décor. Elle doit devenir un levier stratégique de la refondation nationale.
Anaouar O. Harouna