Le cinéma nigérien, jadis l’un des plus respectés d’Afrique, traverse depuis plusieurs années une période de stagnation. Pourtant, les fondations posées par les pionniers tels que Moustapha Alassane, Oumarou Ganda ou Djingarey Maïga continuent d’inspirer une génération déterminée de cinéastes. À l’ère de la refondation, une question se pose avec acuité : comment remettre le cinéma nigérien sur la voie de la refondation et de la compétitivité régionale, notamment au sein de la Confédération des États du Sahel (AES) ?
Un héritage prestigieux mais fragilisé
Le Niger a marqué l’histoire du 7ᵉ art africain. Dès les années 1960, Moustapha Alassane révolutionnait le cinéma d’animation avec La Mort de Gandji, salué au Festival Mondial des Arts Nègres à Dakar. Oumarou Ganda, figure emblématique, propulsait le cinéma nigérien sur la scène mondiale avec Cabascabo (Cannes, 1969) et Le Wazzou Polygame, premier Étalon d’Or de Yennenga au FESPACO 1972.
Mais cette période d’or n’a pas résisté au manque de politiques publiques cohérentes. Les décennies suivantes ont été marquées par la rareté des productions, l’absence d’un cadre juridique solide et la faiblesse des mécanismes de financement.
Une nouvelle impulsion institutionnelle
La nomination récente de M. Kaminou Mahaman Hamissou à la tête du Centre National de la Cinématographie du Niger (CNCN) suscite de nouveaux espoirs. Administrateur chevronné, ayant déjà servi comme Secrétaire général du CNCN et Directeur des Études et Programmations au ministère de la Culture, il connaît bien les défis internes.
Son premier chantier sera sans doute la réhabilitation administrative et juridique du Centre, longtemps paralysé par l’absence de textes clairs et d’une vision stratégique. Le CNCN doit redevenir un outil de pilotage et non un simple symbole.
Les défis de la relance : une question de volonté collective
Pour redonner souffle au cinéma nigérien, il faudra aller au-delà des discours.
Trois priorités s’imposent :
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Structurer le secteur à travers des textes régissant la production, la distribution et la diffusion.
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Mettre en place un fonds de soutien durable pour financer la création, la formation et la promotion.
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Favoriser la collaboration régionale avec les autres pays de la Confédération des États du Sahel.
Cette dernière dimension prend forme à travers la dynamique de création d’une Fédération des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel de l’espace AES. Ce cadre pourrait renforcer la souveraineté culturelle et la coproduction régionale.
L’émergence d’une nouvelle génération
Le renouveau passe également par le dynamisme des cinéastes tels que Rahmatou Keïta, Moussa Hamadou Djingarey, Aïcha Macky, Amina Weira, Amina Mamani, Boubacar Djingarey Maïga, Zakari Yaou Hamza et bien d’autres. Leurs œuvres, souvent réalisées avec des moyens limités, traduisent un profond engagement social et une esthétique propre au Niger contemporain.
Dans le contexte actuel de refondation nationale, le cinéma nigérien ne doit pas seulement divertir : il doit rassembler, éduquer et valoriser l’identité collective. En racontant les histoires du pays, il peut contribuer à la cohésion sociale, à la promotion du pardon et à la redécouverte des valeurs de tolérance et de solidarité.
Vers un nouveau départ
Le cinéma nigérien se trouve à un tournant décisif. Avec un leadership renouvelé au CNCN, une génération de cinéastes talentueux et une volonté politique renforcée, l’heure est venue d’écrire un nouveau chapitre. Le Niger a les atouts humains, culturels et symboliques pour redevenir un acteur majeur du cinéma africain.
Mais ce renouveau ne sera possible que si tous les acteurs — État, professionnels, partenaires privés et public — s’unissent autour d’une vision commune : faire du cinéma un levier de développement et un instrument de refondation nationale.
A. O. HAROUNA
Les défis de la relance : une question de volonté collective
Vers un nouveau départ