À la tête du Musée National Boubou Hama, véritable gardien de l’identité culturelle du Niger, Abdourahman Gabidan porte la lourde mission de préserver, valoriser et transmettre l’héritage d’un peuple aux mille visages. Dans cet entretien exclusif, le Directeur revient sur l’histoire de cette institution fondée avant l’indépendance, ses collections uniques, ses défis de modernisation, mais aussi sur son rôle essentiel dans la refondation culturelle et la promotion du tourisme national. Un regard lucide et passionné sur un musée vivant, miroir du Niger d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Q : Pouvez-vous nous rappeler en quelques mots l’histoire et les missions du Musée National Boubou Hama ?
R : Merci beaucoup pour cette question. L’histoire du Musée National Boubou Hama remonte à 1958, bien avant l’indépendance. C’est l’une des plus anciennes institutions culturelles du Niger. L’idée vient d’un grand penseur, Boubou Hama, et de ses collègues. Ils avaient envisagé de créer une institution appelée « Musée National », en s’inspirant de l’IFAN (Institut Français d’Afrique, puis Institut Fondamental d’Afrique Noire). L’actuel emplacement du musée était à l’origine un local de l’IFAN.
Boubou Hama rêvait de bâtir une « vallée de la culture », regroupant diverses institutions, comme l’IRSH (Institut de Recherche en Sciences Humaines), situé non loin de l’IFAN. L’objectif était de créer un musée qui rassemblerait toutes les cultures nigériennes, un Niger en miniature, où l’on retrouverait l’identité nationale à travers des objets matériels et immatériels.
En 1958, le musée a démarré modestement, avec un simple hangar exposant quatre objets. En 1959, le premier pavillon, consacré à une exposition ethnographique, fut inauguré par le président Diori Hamani.
Les missions du musée s’inscrivent dans cette histoire : représenter le Niger dans toute sa diversité, servir de mémoire collective et de lieu d’unité nationale, afin que chaque Nigérien puisse s’y reconnaître à travers sa culture et ses traditions et connaitre les autres.
Q : Quelles sont aujourd’hui les principales richesses et collections que les visiteurs peuvent découvrir au musée ?
R : Le musée national possède un caractère unique, différent des musées occidentaux. Nous ne nous limitons pas à la simple exposition d’objets anciens. Chaque objet raconte une histoire, reflète l’identité d’un groupe ethnique, et contribue à la mémoire collective du peuple nigérien.
Le musée possède des collections ethnographiques (objets liés à la musique, à la cuisine, à l’agriculture traditionnelle, costumes traditionnels ou savoir faire), des collections paléontologiques (ossements de dinosaures vieux de plus de 120 millions d’années), des collections minéralogiques (Uranium, pétrole…), ainsi qu’une collection retraçant l’histoire de la monnaie nigérienne.
Nous avons également un parc zoologique, avec des mammifères, reptiles et oiseaux, permettant aux enfants et aux jeunes de découvrir des animaux qu’ils n’auraient peut-être jamais l’occasion de voir autrement.
Q : Comment le musée contribue-t-il à la préservation et à la valorisation du patrimoine nigérien ?
R : La Valorisation du patrimoine, fait partie des missions du musée. Le musée a pour fonction de collecter, préserver et valoriser. Ce sont les activités, régaliennes d’un musée, n’importe quel musée. Il collecte, il préserve et il valorise. Donc, comment on acquièrt fait des collections ? Avant, on fait des missions pour aller sur le terrain. Mais, aujourd’huion collecte de plusieurs façons. On peut aller sur le terrain, on peut acheter. Il y a aussi des dons et legs et le dépôt.
Si tu as trouvé que ton grand -père à un sabre qu’il a déposé, tu peux l’amener au musée, tu peux donner, tu peux vendre au musée. Tu peux faire aussi des dépôts, avec une note, si demain ton fils ou ton petit -fils veut venir réclamer, c’est faisable. Par lorsqu’on est en train de faire des grands travaux ou tout simplement en train de cultiver son champ, on tombe sur un objet, on peut amener au musée. Maintenant pour la préservation, on prend soin de ces objets –là, on prend soin de ces derniers pour les conserver pour qu’ils ne se dégradent pas. On essaie de les mettre à l’abri de tout danger. Donc vraiment, il y a des façons de les déposer, il y a des façons de les suivre, il y a des inspections régulières pour voir s’ils ne sont pas attaqués par des termites, par l’eau, ou encore la chaleur. Pour la valorisation, c’est les expositions. Quand on les expose, on les valorise. Et il y a des chercheurs qui viennent, il y a des artistes qui viennent s’inspirer…
Quelle es la fréquentation moyenne du Musée National Boubou Hama
R : Chaque année, nous évaluons le nombre de visiteurs. En 2024, nous avons accueilli 158 000 visiteurs, et en août 2025, 204 500 entrées avaient déjà été enregistrées. Nous espérons atteindre un chiffre encore plus élevé d’ici décembre.
Le musée attire principalement les jeunes et les enfants, mais aussi des étudiants, des chercheurs et des visiteurs officiels.
Quelles actions menez-vous pour attirer davantage les jeunes et les scolaires?
R : Aujourd’hui, les jeunes sont particulièrement attirés par les animaux du parc zoologique. Nous avons également renforcé nos collections et organisé des activités chaque week-end : animations, musique pour les enfants et leurs familles. Nous avons aussi amélioré les infrastructures : propreté, sécurité, connexion Internet gratuite et services comme une agence de transfert d’argent pour faciliter l’accès au musée. L’objectif est que les visiteurs se sentent bien accueillis et en sécurité.
Diversifier, les animaux c’est ça qui intéresse surtout les enfants. Il ne faut pas seulement s’arrêter aux animaux qu’on trouve ici chez nous. Les animaux exotiques, il y a des animaux qui viennent d’ailleurs. Par exemple, le chimpanzé, les gorilles qui avaient même le nom du musée. Avant, on appelait Safi IFAN, c’est un chimpanzé. On n’a pas de chimpanzé dans notre pays. On a aujourd’hui le zèbre. Ce n’est pas sahélien, ce n’est pas nigérien. Le zèbre, c’est dans les pays en Afrique du Sud pratiquement. Ces animaux-là, les enfants les voient seulement à la télé.
Q : Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontés dans la gestion du musée ?
R : La gestion est complexe, car certaines installations datent des années 1950 et 1980. Les défis principaux sont :
- Infrastructures vétustes : bâtiments, installations électriques et systèmes d’eau.
- Évolution de la muséologie : adapter les expositions aux standards modernes et intégrer le numérique.
- Moyens financiers : assurer la bonne gouvernance et l’autofinancement partiel du musée pour moins dépendre de l’État.
Grâce à une gestion efficace, nous avons réussi à mobiliser des fonds et améliorer certaines structures. Aujourd’hui, le musée peut vraiment arriver à un moment où il peut financer beaucoup de choses pour lui-même. Parce qu’il fait des recettes. Pourvu qu’il y ait une certaine bonne gouvernance, il faut que ces recettes-là soient bien gérées. Quand c’est bien géré, ça peut servir à quelque chose. Donc, la gouvernance, c’est un des grands défis aussi sur lesquels on est en train de travailler. Dieu merci, en 2023, on a été félicité par le ministère des Finances. L’Etat nous a donné 120 millions. Nous, on a mobilisé un peu plus de 100 millions. Donc, ça peut dire qu’il faut aller vers indépendance partielle. Certes, c’est un service public de l’État, on ne va pas être indépendants pour supporter tout. Mais, le minimum, on peut le faire. Donc, aujourd’hui, quand on regarde, chaque mois, on sait combien rentre dans les caisses avec l’établissement des statistiques et pendant les et les entrées pendant les vacances, recettes augmentent comme pendant les fêtes.
Q : Le musée dispose-t-il de projets de modernisation ?
R : Oui, nous travaillons sur :
- La réhabilitation des installations et l’amélioration de l’espace pour les animaux du parc zoologique.
- La numérisation de certaines expositions pour permettre des visites virtuelles.
- L’introduction de partenariats publics-privés (PPP) pour améliorer les services offerts.
Q : Quelles sont vos perspectives de développement ou projets phares pour les prochaines années ?
R : Nos priorités sont :
- Réhabiliter et moderniser les infrastructures.
- Créer davantage d’espaces semi-libres pour les animaux.
- Développer l’autofinancement et les partenariats afin de renforcer l’indépendance financière du musée.
Attendre parfois la subvention qui n’arrive que tous les trois mois parfois plus même, cela peut faire ralentir l’élan déjà en cours. Il faut qu’on cherche cette indépendance-là. Mais on ne peut pas la trouver si on n’a pas une bonne gouvernance. Si on n’a pas un bon plan, un bon plan de développement.
Q : Selon vous, quel rôle doit jouer le musée dans la promotion du tourisme et de la culture au Niger ?
R : Le musée est un lieu de promotion de la culture et du tourisme, de valorisation du patrimoine et de la mémoire collective. Il permet de mieux se connaître soi-même, de découvrir les autres, et contribue à la cohésion sociale.
Il joue également un rôle économique et diplomatique : générer des ressources, offrir des emplois et accueillir des visiteurs étrangers qui découvrent le Niger à travers notre patrimoine. Aujourd’hui, on est dans un contexte où on est en train de s’appuyer sur notre culture à l’ère de la Refondation. Le rôle du musée est beaucoup plus important. La souveraineté culturelle, la souveraineté politique, le musée est le lieu de notre histoire, on a des choses à montrer à l’humanité tout entière pour qu’on puisse comprendre d’où l’on vient. Et surtout, on a des choses sur lesquelles on peut s’appuyer pour se développer.
Q : Quel message souhaitez-vous adresser aux Nigériens et aux visiteurs étrangers pour les inciter à découvrir le musée ?
R : Nous encourageons tout le monde à visiter le musée et à contribuer à son bon fonctionnement. Cela peut être par l’achat d’un ticket, par le respect de l’environnement sur le site, ou par le signalement d’animaux mort à la maison pour venir récupérer la carcasse ou d’objets nécessitant de l’attention.
Le musée est sécurisé, accueillant et vivant, et chacun peut y apprendre, s’inspirer et participer à la préservation du patrimoine national.
On a l’habitude de faire des communiqués par rapport aux animaux qui meurent, par exemple, dans des concessions appelez le musée, les animaux qui vivent ont besoin de la carcasse, vous contribuez ainsi, à la bonne marche du musée. On a même fait des spots de sensibilisation pour informer les populations.
Propos recueillis par Anouar Omar HAROUNA