Dans un Niger qui cherche à reconstruire sa cohésion sociale et à refonder ses valeurs, l’histoire d’Abdou Djibo, ancienne gloire du cyclisme, résonne comme un rappel : sans mémoire, il n’y a pas de fierté nationale durable.
Abdou Djibo, c’est ce jeune de Saga devenu champion par la seule force de sa passion. Sans encadrement sophistiqué, sans sponsors ni moyens, il a gravi les podiums avec un vélo offert et une volonté de fer. Ses exploits ont porté haut les couleurs du Niger à travers l’Afrique, du Tour du Bénin à celui du Mali, jusqu’en Côte d’Ivoire où une chute spectaculaire dans la lagune ne l’a pas empêché de finir la course. C’est cette mentalité de fer, forgée dans la sueur et la dignité, qui manque tant aujourd’hui à notre sport.
Dans son témoignage, Abdou Djibo insiste sur un mot devenu rare dans le discours sportif : le patriotisme.
« Pour réussir dans le sport, il faut d’abord aimer son pays. »
À une époque où l’argent et la visibilité dominent, son message sonne comme une mise en garde. Le sport nigérien a besoin de retrouver cette flamme : celle de représenter son drapeau, non pour la gloire personnelle, mais pour la fierté collective.
Les jeunes générations doivent comprendre qu’un champion ne se construit pas sur les réseaux sociaux, mais sur la rigueur, la discipline et l’amour du travail bien fait.
Ce qui attriste le plus dans le parcours d’Abdou Djibo, c’est peut-être le silence. Silence des institutions, silence de la mémoire nationale.
Comment un homme qui a tout donné au cyclisme, qui a porté les couleurs du Niger dans tant de compétitions internationales, peut-il aujourd’hui vivre sans reconnaissance officielle ?
Nos anciens champions ne demandent pas des statues, mais du respect une trace, une mémoire vivante qui inspire les générations à venir.
Le Niger gagnerait à créer un Panthéon du sport nigérien, un lieu ou un programme qui honore ceux qui ont construit son histoire sportive. Des figures comme Abdou Djibo, Moussa Kanfideni, Ramatoulaye Moumouni, Seydou Hangadoumbo, Jean Jacques AdanDogo, Inni Aboubacar etc. pour ne citer que ceux-là, méritent d’être racontées, transmises, célébrées.
C’est aussi un enjeu d’éducation civique : montrer aux jeunes que la réussite passe par la passion, la persévérance et la loyauté envers son pays.
Abdou Djibo n’a peut-être plus de vélo de course, mais il porte encore, la cadence d’une époque où le sport était un acte d’amour et de dignité.
Si le Niger veut vraiment refonder ses valeurs, il doit commencer par rendre hommage à ceux qui ont incarné la nation avec le cœur, pas seulement avec des mots.
Source et Crédit photo ©ONEP