On croit souvent que la corruption se résume à un fonctionnaire qui détourne de l’argent public. Mais la réalité est plus complexe : derrière chaque corrompu se cache une économie parallèle, une véritable cour qui profite de ses excès.
Épouses entretenues, maîtresses “officielles”, enfants habitués au luxe immérité, “bons petits” toujours aux aguets pour recevoir une faveur, hommes de main et larbins chargés de défendre l’indéfendable… Tous vivent, directement ou indirectement, de l’argent volé à l’État.
C’est ce cercle de bénéficiaires qui rend la corruption si résistante. Car le corrompu n’agit pas seul : il alimente un système qui finance des modes de vie, crée des dépendances et fabrique des loyautés intéressées. Autour d’un seul détournement, c’est tout un écosystème qui se nourrit et se protège.
Dès lors, combattre la corruption ne peut pas se limiter à pointer du doigt un agent ou un fonctionnaire. Il faut s’attaquer à l’économie de privilèges qu’il génère. Tant que cette chaîne de bénéficiaires restera intacte, chaque coup porté contre la corruption sera aussitôt absorbé par ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change.
La véritable réforme passera donc par une double action :
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briser les cercles de complicité sociale et familiale qui normalisent l’argent facile,
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et redonner de la valeur au mérite, au travail bien fait et à l’intégrité.
Car un corrompu isolé ne pèse pas lourd. Ce qui lui donne du pouvoir, c’est le système qu’il nourrit autour de lui. Et c’est ce système-là que nous devons avoir le courage de combattre.
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