Niamey étouffe. Chaque matin, chaque soir, des milliers de travailleurs, d’élèves, d’étudiants et de commerçants livrent le même combat : arriver à destination. Ce qui devrait être un simple déplacement est devenu un véritable parcours d’obstacles, coûteux en temps, en énergie et en argent.
La ville s’étend, les quartiers périphériques se multiplient, les besoins augmentent. Mais le transport urbain, lui, reste figé. Les conséquences sont visibles : retards chroniques, fatigue, perte de productivité, découragement social. Pour les plus modestes, se déplacer relève parfois de l’impossible.
Dans ce vide, les solutions informelles ont prospéré. Tricycles, taxis improvisés, moyens de fortune : rapides, accessibles, mais non régulés. Malgré les annonces d’interdiction, ces modes de transport continuent d’être plébiscités, non par choix idéologique, mais par nécessité. Quand l’offre publique est insuffisante, le citoyen s’adapte pour survivre. Le prix de la course, plus que la sécurité ou la régulation, dicte le choix.
La SOTRUNI, pilier officiel du transport urbain à Niamey, reste pourtant un acteur central et incontournable. Créée pour répondre aux besoins de mobilité de la capitale, elle fait aujourd’hui face à une réalité difficile : un parc roulant vétuste, une couverture limitée, des moyens techniques insuffisants. Avec seulement quatre bus fonctionnels, comment répondre aux besoins d’une capitale de plus d’un million d’habitants ?
La récente visite de l’Administrateur délégué de la Ville de Niamey au siège de la SOTRUNI a été accueillie comme un signal encourageant. Elle a permis de constater l’engagement et le professionnalisme du personnel, qui travaille dans des conditions souvent difficiles. Ces hommes et ces femmes font leur part. Mais leur volonté ne peut compenser indéfiniment le manque de moyens structurels.
Les populations, elles, attendent plus que des visites et des déclarations. Elles attendent des actes concrets :
– un renforcement réel du parc de bus,
– des lignes régulières et fiables,
– une desserte effective des quartiers périphériques,
– une vision claire et durable du transport urbain.
Chaque retard dans la prise de décision a un coût social et économique. Le transport urbain n’est pas un luxe réservé à quelques-uns. C’est un droit fondamental, un levier de développement, un facteur de cohésion sociale.
À Niamey, les citoyens observent, s’organisent et s’expriment. Ils ne demandent pas l’impossible, mais le minimum vital pour vivre et travailler dignement. Le temps des promesses est révolu. La capitale a besoin d’actions fortes, maintenant.
Le transport urbain est le miroir d’une ville. S’il est à l’arrêt, c’est toute la ville qui vacille.
AOH
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